Claude Guibert in Le Monde.fr : "Les Chroniques du chapeau noir /Publié le 05 juillet 2013

Jean-Marie Barre : « Entrée en matière »

 

 

 

 

Pendant de nombreuses années, Jean-Marie Barre a été le peintre d’un réel transfiguré, le peintre des atmosphères colorées par le silence, le peintre des lieux apparemment vides où la présence humaine flottait encore dans ces décors révélés par une figuration précise, fine. Puis quelque chose s’est passé. Le peintre ne s’est plus senti en adéquation avec cet univers, avec cette façon de peindre. JMB a laissé ses pinceaux, ne s’est pas jeté immédiatement dans une autre pratique. Il a pris le temps de la réflexion, voyagé, cherché sa voie nouvelle.

 

Métamorphoses

Cette rupture complète d’une œuvre n’est pas exceptionnelle mais sommes toutes assez rare. Je pense notamment à un Jean Rustin rompant avec une abstraction lyrique, joyeuse lui assurant le succès pour basculer vers une figuration sombre à l’atmosphère pesante mais où il s’est senti à sa place. Peut-être fallait-il changer radicalement de lieu pour changer de travail ? JMB est allé s’installer à Berlin, se frotter à une autre culture, une autre créativité.

 

Voyage au centre de la peinture

 

Entrée en matière 2013 Jean-Marie Barre

 

 

Cherchant sous la surface du tableau, celle où apparaît les images d’un certain réel, le peintre a remonté, me semble-t-il, les strates géologiques de l’histoire de la peinture. Il a creusé profondément dans cette longue aventure qui depuis les hommes de la grotte Chauvet n’en finit pas de nous interpeller sur cette vocation singulière : ce besoin de poser face à notre regard cette interrogation sur le monde, sur la place que nous y occupons. C’est en creusant profondément dans ces couches superposées des territoires de l’art que JMB a rencontré la matière, celle d’avant la couleur, une matière fondamentale, épaisse, impliquant le corps dans une confrontation que n’aurait pas renié, je crois, un Tapiès.

 

 

Archéologie mentale

 

Entrée en matière 2013 Jean-Marie Barre

 

Avec cette « Entrée en matière », JMB n’a pas seulement manifesté une rupture brutale avec la peinture « d’avant ». Il ne s’est pas satisfait d’un geste spectaculaire. Il a , avec une grande authenticité, cherché à se situer dans ce mystère (pré)historique, puisant à la fois dans son geste et dans sa réflexion, les éléments fondamentaux de cette pratique, comme dans une sorte d’archéologie mentale indispensable.

Jean-Marie Barre présente aujourd’hui ce travail, assume cette métamorphose à travers des œuvres à mi-chemin entre peinture et relief, situant l’artiste sur une territoire nouveau, peut-être sur la terre ou sur la surface d’une planète inconnue où la couleur n’apparaît pas encore.

Une histoire nouvelle commence pour le peintre, avec vraisemblablement la sérénité d’être chez lui sur ce territoire à défricher.